LA SURDITÉ SPIRITUELLE.
recueilli par Michelle d'Astier de la Vigerie, lundi 5 février 2007 | 4315 lectures | 2 commentaires
UNE ÉTUDE DE MATTHIAS HELMLINGER sur le texte de Marc 7:31-37

Dans la première partie de son évangile, Marc présente Jésus essentiellement comme un guérisseur. Un exorciste aussi. Jésus guérit et il chasse les démons.
Il donne à ses disciples le pouvoir de faire la même chose. Cette réputation de guérisseur et d’exorciste de Jésus est telle qu’on voit constamment les foules se précipiter sur lui, pour être guéries et libérées, ne fût-ce qu’en touchant les tsitsiths, les franges de son vêtement juif.

Nous sommes dans cette première période du ministère de Jésus, où l'on ne disait pas encore de Jésus qu'il était le Messie. La rumeur publique parle de lui comme d’un prophète. Quant aux disciples, Jésus leur avait formellement interdit de dire qu’il était le Messie, le Christ.
Tout cela est très intéressant. Cela nous donne une autre image que celle que nous avons de Jésus aujourd’hui. Une image d’un guérisseur. Dans l’épître aux Corinthiens (chapitre 12), l’apôtre Paul mentionne parmi les dons que le Seigneur donne à son église, les dons de guérison. En accueillant dans l’église ces dons, en leur donnant la possibilité de s’exercer, nous contribuons à ce que l’église, le corps du Christ reste un.
Le début de l’évangile de Marc nous donne donc d’abord de Jésus une image de guérisseur et d’exorciste. Et j’ajouterai : un guérisseur et un exorciste juif. En effet, dans le récit qui précède juste notre texte, on voit Jésus refuser d’aider une maman libanaise qui, ayant appris qu’il chassait des démons, lui demande de l’aide pour sa fille. Jésus lui fait remarquer qu’on ne distribue pas le pain aux petits chiens, mais aux enfants. Il souligne par là que les Juifs sont prioritaires pour lui. Mais cette maman libanaise, réclame quand même les miettes de ce pain qui est pour les Juifs. A cause de sa foi, elle obtient la guérison de sa fille. Après tout, des miettes données par Jésus, n’est-ce pas largement suffisant, quand on pense qu’avec sept pains, il a nourri quatre mille hommes qui n’étaient pas juifs ? Et cette histoire de la multiplication des pains en territoire syrien, est racontée juste après notre texte.
Vu l’itinéraire suivi par Jésus d’après le v.31, le sourd-muet dont parle notre texte, n’est pas juif non plus. Les miettes du ministère de guérison de Jésus sont en train de se multiplier. Elles nous viennent d’Israël, du pain distribué à Israël.
Comment Jésus nous guérit-il encore aujourd’hui ? J’ai noté trois gestes de Jésus :
1. Jésus prend l’infirme à l’écart, il y a une solitude pour que le miracle puisse avoir lieu. Jésus est seul avec l’handicapé. 2. Jésus utilise sa salive, pas seulement parce que l’infirme ne peut entendre. Il utilise aussi sa salive dans d’autres cas de miracles, pour des aveugles, par exemple. Solitude et proximité physique entre Jésus et l’infirme. 3. Et puis, il y a le gémissement de Jésus. Une force doit sortir de lui pour que l’autre soit guéri. Cela lui coûte, cela lui est pénible. Jésus perd de sa force.
Ces trois éléments nous amènent au lieu où se passe notre guérison : la croix. La croix est un lieu où nous ne pouvons venir que seuls. La guérison entre Jésus et nous se passe dans l’intimité : Il vient nous rencontrer seul à seul. Jean dit qu’il appelle chaque brebis par son nom (Jean 10/4). C’est seulement après que nous formons un troupeau dont il prend la tête.
C’est dans ce troupeau si je puis dire, qu’a lieu la proximité physique avec Jésus, le baptême et la sainte Cène. En effet, le mot que prononce Jésus en araméen « Ephphata » était employé par les premiers chrétiens dans la liturgie du baptême. Dans la sainte Cène, c’est le sang de Jésus qui, spirituellement, nous touche et nous donne la guérison. Ces deux actes sont publics, mais manifestent une réalité qui n’existe que dans une rencontre personnelle, seul à seul avec Jésus.

La guérison du sourd-bègue a arraché à Jésus un gémissement. Sur la croix, ce n’est pas un gémissement, mais un grand hurlement de douleur que Jésus a poussé avant de mourir. Et depuis, la guérison se répand. Les sourds entendent et les bègues que nous sommes, peuvent annoncer la parole de Dieu.
Il y a des gémissements aujourd’hui dans ceux qui annoncent eux-mêmes la Parole de Dieu. Paul, qui a si bien su proclamer la Parole de Dieu, dit qu’il gémit dans son corps, il l’écrit plusieurs fois dans ses épîtres (Ro.8/22-23, II Cor.5/2). Parce que les maladies existent toujours, les souffrances de la création continuent. Mais nos oreilles se sont ouvertes, nos langues ont commencé à se délier.
Je voudrais méditer sur l’handicap de cet homme. Son handicap principal est la surdité. Son deuxième handicap est sa difficulté à parler, il est bègue, pratiquement muet. Le mot grec « moguilalos » « bègue », ne se trouve qu’ici dans le N.T., une seule fois. Et une seule fois aussi, dans la traduction grecque de l’A.T., dans Esaïe 35/6 très exactement. Il nous faut donc faire le rapprochement entre ce récit de l’évangile et le prophète Esaïe. Ce prophète n’a cessé de parler d’Israël comme d’un Serviteur, le serviteur du Seigneur sourd, aveugle, et muet. Cela représente beaucoup d’infirmités. Toutes ces infirmités sont guéries par Jésus durant son ministère dans la Galilée juive.
Israël est un peuple sourd à la Parole de Dieu et qui nous a pourtant transmis la Parole de Dieu. Mais la guérison dont parle notre texte ne concerne pas un Juif. Les Nations sont sourdes elles aussi à la Parole de Dieu. Les chrétiens, l’Église issue des apôtres pourrait penser qu’elle n’est pas sourde à la Parole de Dieu. Mais dans Marc 8/18, Jésus reproche à ses disciples leur surdité, alors qu’ils ont pourtant eux-mêmes déjà guéri des malades et chassé des démons.
C'est une précision sérieuse : nous sommes tous sourds à la Parole de Dieu : Israël, les nations, les chrétiens et les non-chrétiens. C’est chaque fois un miracle de Dieu, quand nous entendons la Parole de Dieu.

En disant « ephphata » « ouvre-toi », Jésus savait très bien que le sourd ne pouvait entendre, et pourtant il a entendu ! En criant « Lazare, sors ! », Jésus savait très bien que Lazare, enterré depuis quatre jours ne pouvait entendre, et pourtant il a entendu ! Quand la Parole de Dieu est annoncée, le sourd entend ce qu’il ne pouvait pas entendre, le mort entend une parole qui le fait revenir à la vie.

C’est cela l’évangile !
Quelle est l’attitude juste que nous pouvons avoir quand nous entendons l’évangile ? L’attitude juste, ce serait celle de quelqu’un qui sait très bien qu’il ne peut pas entendre et qui fait confiance à Dieu sur le fait qu’il pourra entendre.
Sisons-le autrement : lorsque j’aborde les Ecritures, mon intelligence et ma sagesse ne me servent à rien. Je n’apporte rien à la Parole de Dieu. Je n’ajoute rien à sa vérité avec mon intelligence. Mais elle, cette parole, elle m’apporte tout.
Jésus guérit en permanence notre surdité.

Mais il touche aussi avec sa salive notre langue. Nous devons croire que notre langue est capable de dire la Parole de Dieu dans la vie ordinaire, à d’autres personnes, à ceux qui se trouvent sur notre route. Dire la Parole de Dieu, nous en sommes capables par le toucher de Jésus. Les paroles de Dieu que nous avons dans la Bible viennent d’hommes et de femmes ordinaires, que le Seigneur a touchés. Ils ne comprenaient eux-mêmes pas comme cela avait été possible, ils rendaient grâces à Dieu, c’est tout.
Tout croyant peut dire la Parole de Dieu.
Jésus nous demande aujourd’hui de proclamer ce qu’il avait sévèrement interdit à ses disciples de proclamer pendant tout le temps du début de son ministère : proclamer que lui Jésus, l’homme gémissant crucifié, Il est le Christ, le Messie ressuscité, toujours vivant aujourd’hui pour ouvrir les oreilles et délier les langues. Ainsi une foule de gens, une multitude sauvée par la grâce de Dieu, pourra dire, comme la foule, témoin de la guérison du sourd-bègue: « il a bien fait toutes choses ».
C’est exactement la conclusion du récit de la création dans la Genèse. Oui, que vienne le temps où bientôt nous dirons : « Il a bien fait toutes choses ». La création de Dieu n’est pas achevée, elle est en cours. A nous de porter la parole qui permettra l’achèvement, jusqu’à ce que les gémissements et la tristesse s’enfuient, comme l’a annoncé Esaïe (35/10), ce prophète qui, au chapitre 50 verset 5 de son livre, affirme lui-même que, s’il a parlé, c’est seulement parce que le Seigneur lui a ouvert les oreilles. Amen.
lundi 5 février 2007 à 22:05 :: Enseignements divers - ARTICLES :: #181 :: rss


1. Le jeudi 13 septembre 2007 à 17:25, par anonyme
2. Le lundi 5 janvier 2009 à 03:13, par fred