« Aimer Jésus » : qu’est-ce que cela signifie ? Ce texte nous oblige à nous poser la question. Trois fois Jésus demande à Simon :

« m’aimes-tu ? »

Toute responsabilité dans l’église est liée à la réponse que nous donnons à cette question : est-ce que j’aime Jésus ?

Le premier commandement, le plus grand, nous ordonne d’aimer Dieu de tout notre cœur, de toute notre âme, de toute notre force. Les exégètes soulignent que ce commandement transmis par Moïse est déjà une révolution religieuse à l’époque : les dieux païens étaient craints, mais pas aimés. Redoutés ou adorés, mais pas aimés.

« Ecoute Israël, le Seigneur notre Dieu est le Seigneur Un, en conséquence tu aimeras le Seigneur ton Dieu. » (Deutéronome 6/5)

Ce commandement était aussitôt explicité par la recommandation suivante : « tu parleras (garderas) de ces commandements ». Aimer Dieu, c’est garder ses commandements, c'est en parler. Jésus dira la même chose : « celui qui m’aime gardera mes commandements », « si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole » (Jean 14/15, 23).

Voilà déjà une réponse : aimer Dieu, c’est garder ses commandements.

Aimer Dieu, ce n’est pas d’abord éprou-ver des élans mys-tiques ou sentimen-taux,

mais c’est garder sa Parole, garder ses commandements, les pratiquer.

Mais notre texte apporte encore un autre éclai-rage sur cette question :

Que signifie aimer Jésus ?

Pierre avait dit à Jésus qu’il était prêt à donner sa vie pour lui (Jean 13/37). Et Jésus lui avait annoncé à l’avance son triple reniement (Jean 13/38). Maintenant que Jésus est ressuscité, il lui rappelle ce reniement en lui posant trois fois la question : « Simon, m’aimes-tu ? » La réponse de Pierre est tout à fait remarquable :

- « Seigneur tu sais que je t’aime ».

Pierre ne se fonde plus sur ses impulsions sur ses sentiments. Son tempérament est toujours aussi impétueux, puisqu’il se jette à l’eau pour nager plus vite vers Jésus. Cette fois-ci, Pierre ne prend plus son assurance en lui-même, mais il la trouve dans la connaissance que Jésus a de lui. « Seigneur, tu sais que je t’aime ».

Cette réponse le qualifie pour être le pasteur des brebis, le chef du troupeau. Trois fois cette responsabilité lui est attestée, donnée devant tous. Visiblement, la première église reconnaissait à Pierre une responsabilité d’unité du troupeau.



On peut commettre les pires crimes quand on est persuadé d’aimer Dieu. Les Croisés ont massacré Juifs et musulmans en disant aimer Jésus. Les islamistes aujourd’hui massacrent musulmans, Juifs, chrétiens et autres en étant persuadés d’aimer ainsi Allah.

Jean 16:2,3 :...l'heure vient où quiconque vous fera mourir croira rendre un culte à Dieu. Et ils agiront ainsi, parce qu'ils n'ont connu ni le Père ni moi.

Voilà Simon Pierre avant la croix : prêt à mourir pour son Maître en tirant l’épée. Si Jésus ne l’avait pas arrêté, il aurait tué.

Cet amour-là, Jésus n’en veut pas.

Il y a encore d’autres façons d’aimer Dieu, en partant de nos sentiments humains, des façons non-violentes, mais fausses aussi, et ça peut donner des délires mystiques !



Alors, comment aimer Dieu ?

En cessant de se prendre soi-même comme point de départ !

  • Avant la croix, Pierre a aimé Jésus passionnément, en se prenant lui-même comme point de départ.
  • Après la croix, Pierre a aimé Jésus toujours aussi passionnément, mais en prenant Jésus comme point de départ : « Seigneur, tu sais que je t’aime ».

Les deux grands apôtres dont parle le N.T. ont vécu profondément dans leur chair l’échec : échec à aimer Dieu, alors même qu’ils pensaient L’aimer. Pierre a renié trois fois Jésus. Shaoul (Saul) haïssait Jésus et ses disciples, et l’amour de Jésus l’a renversé, retourné. Il est devenu l’apôtre Paul, un apôtre qui n’oubliera jamais le tort qu’il a fait au Christ et à son corps, l’Eglise.

Nous avons donc là une première réponse à notre question : qu’est-ce que signifie « aimer Jésus » ?

Aimer Jésus c’est accepter que nous serons toujours confrontés à un échec, quand cet amour part exclusivement de nous-mêmes. Je ne pourrai jamais dire que j’aime Jésus ; je pourrai seulement dire toujours à nouveau : - Jésus sait si je l’aime.



Mais il y a plus. Pierre se retourne et voit le disciple que Jésus aimait. Il demande :

- « et celui-ci, Seigneur que lui arrivera-t-il ? ».

La réponse de Jésus est éclairante, pour nous aussi aujourd’hui :

- « si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne, que t’importe ? Toi, suis-moi. »

Quand nous aimons Jésus, nous ne pou-vons plus nous com-parer aux autres.

C’est fini. Nous sommes unis aux autres dans le corps du Christ, mais nous ne pouvons pas nous comparer aux autres : c’est désormais Jésus qui compte en premier dans notre vie.

Le disciple que Jésus aimait aura une longue vie. Il demeure vivant par son témoignage : l’évangile et les épîtres de Jean.

"Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne" :

cette parole peut aussi être inter-prétée dans le sens que Jésus peut décider comme il veut de la longévité des siens. Pierre mourra crucifié à Rome en l’an 64. Le disciple que Jésus aimait aura une longue vie, sans mort violente.

Quand on aime Jésus, ce n’est donc pas le fait d’avoir un long ou un bref ministère, une longue ou une courte vie, qui importe.

C’est Jésus qui importe, ce n’est plus nous-mêmes en premier. Il est le Ressuscité. Et ce qui importe, c’est de Le suivre, Lui, chacun de nous personnellement.

Je donne deux témoignages : - mon cousin Christian a eu un ministère pastoral très fructueux, dans beaucoup de domaines, aussi bien en paroisse, qu’au niveau de la jeunesse en Europe, et aussi dans l’entraide internationale. Il est mort à 43 ans. Après sa mort, mon frère aîné a retrouvé une de ses lettres, écrite 25 ans plus tôt, où il écrivait : « je suis convaincu que l’important n’est pas d’avoir une longue vie, mais une vie pleine »

Le grand-rabbin Sitruk, qui a récemment miraculeusement survécu à un grave accident vasculaire cérébral et a pu continué son ministère, écrit dans son livre autobiographique « Chemin faisant » : « mon épouse et moi avons vécu à Strasbourg une expérience personnelle très douloureuse : nous avons perdu un enfant. L’année qui suit notre arrivée à Strasbourg, le 14 juillet 1971, il nous naît un enfant avec une malformation cardiaque majeure qui l’empêche de s’oxygéner …, nous nous sommes pourtant battus jusqu’au bout, nous avons prié, espéré. Je rendais visite tous les jours au « petit », comme nous l’appelions. Pour tout le personnel soignant, du professeur à l’infirmière, nous étions des combattants de l’inutile … dans leur regard ou la tristesse de leur sourire, il n’y avait pas que de la compassion, mais peut-être aussi une pointe de reconnaissance. C’est comme si nous leur apportions un vent de naïveté, un souffle d’espérance à eux, qui étaient si souvent confrontés aux drames des enfants condamnés …lorsque la mort l’a emporté, nous n’avons pas eu de sentiment d’échec. L’essentiel était sauf ; nous n’avions pas abdiqué ... Nous serons dès lors convaincus que la vie a un sens quelle que soit sa durée, qu’un être humain vient sur terre pour une raison qui nous échappe, mais que rien n’est inutile. »

Ce n’est qu’en tremblant qu’on peut donner de tels témoignages, car des familles sont impliquées et nous sommes encore dans l’attente de la résurrection. Esaïe décrit le temps messianique comme un temps où « il n’y aura plus ni enfants ni vieillards qui n’accomplissent leurs jours, car celui qui mourra à cent ans sera jeune » (65/20).

En attendant, le Christ ressuscité nous invite à Le suivre, et cela implique, surtout pour ceux qui sont pasteurs comme Pierre, à ne pas comparer leur ministère à celui d’un autre. Mais la recommandation est valable pour tous les croyants :

aimer Jésus, c’est arrêter de se comparer aux autres, même si on est tous unis en Christ.

Voilà la deuxième partie de la réponse à la question que nous nous sommes posés : "que signifie aimer Jésus ?"

Aimer Jésus signifie non seulement dire: « Seigneur, tu sais que je t’aime », mais dire aussi: « Seigneur, toi seul sais combien les autres t’aiment».



Comment tout cela est-il dit à Pierre ? Au cours d’un repas. Une fois de plus. Un repas servi par Jésus.

C’est après un repas que Jésus avait dit près de ce même lac de Galilée :

« si vous ne mangez la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez son sang, vous n’avez point la vie en vous-mêmes » (Jean 6/53).

Plusieurs disciples étaient partis à ce moment-là, et Pierre était resté. Il avait dit à Jésus qui ne le retenait pas :

- « à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle ! » Jean 6/68.

La veille de sa mort, Jésus a mis le comble à son amour pour ses disciples, encore au cours d’un repas : il leur a lavé les pieds. Cela avait tellement choqué Pierre, qu’il avait refusé dans un premier temps que Jésus s’humilie devant lui à ce point. Mais Jésus avait été catégorique, intransigeant :

- « ce que je fais, tu ne le comprends pas maintenant, mais tu le comprendras bientôt…si je ne te lave, tu n’auras plus aucune part avec moi » (Jean 13/7, 8).

Pierre s’est laissé faire, et maintenant que Jésus est allé pour lui jusqu’à la croix, il peut non seulement comprendre, mais il peut aussi avoir part à cet amour, et suivre Jésus jusque sur la croix.

Dans la liturgie de l’église réformée, nous disons après la Sainte-Cène : « La grâce est avec tous ceux qui aiment notre Seigneur Jésus-Christ ».

Aimer Jésus c’est donc accepter qu’il vienne à nous avec ce cadeau extra-ordinaire, si incompréhen-sible :

sa chair et son sang, sa propre vie donnée à la croix. Nous acceptons volontiers des cadeaux de la part des personnes que nous aimons, mais jamais de la part des personnes avec lesquelles nous sommes fâchés.

Aimer Jésus, c’est l’accepter tel qu’il vient vers nous, avec ce cadeau dépassant tout entendement, sa chair et son sang.

Nous croyons toujours à nouveau que c’est trop beau, c’est trop beau que Dieu nous aime si fort, qu’il aille si bas dans l’abaissement pour nous sauver en Jésus, sans rien demander en retour, si ce n’est de nous laisser faire par son amour.

Croire que c'est "trop beau" cache l’orgueil, l’orgueil de croire que nous pouvons aimer Dieu par nous-mêmes, sans avoir d’abord été aimés complètement, intégralement par Jésus, des pieds à la tête.

« Seigneur, tu sais toutes choses, tu sais que je t’aime » : cette grande vérité, Pierre l’a apprise dans l’échec,

...un échec pris en charge par Jésus. Amen.