Luc 10 versets 1 à 22

Il leur dit :

"La moisson est abondante, mais les ouvriers peu nombreux. Priez donc le maître de la moisson d'envoyer des ouvriers à sa moisson. Allez! Voici que je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups. N'emportez pas de bourse, pas de sac, pas de sandales, et n'échangez de salutations avec personne en chemin. Dans quelque maison que vous entriez, dites d'abord : "Paix à cette maison". Et s'il s'y trouve un homme de paix, votre paix ira reposer sur lui; sinon, elle reviendra sur vous. Demeurez dans cette maison, mangeant et buvant ce qu'on vous donnera, car le travailleur mérite son salaire.

Ne passez pas de maison en maison. Dans quelque ville que vous entriez et où l'on vous accueillera, mangez ce qu'on vous offrira. Guérissez les malades qui s'y trouveront, et dites-leur:

"Le Règne de Dieu est arrivé jusqu'à vous". Mais dans quelque ville que vous entriez et où l'on ne vous accueillera pas, sortez sur les places et dites : "Même la poussière de votre ville qui s'est collée à nos pieds, nous l'essuyons pour vous la rendre. Pourtant, sachez-le: le Règne de Dieu est arrivé."

la destruction de Sodome

Je vous le déclare: Ce jour-là, Sodome sera traitée avec moins de rigueur que cette ville-là.

Malheureuse es-tu, Chorazin! Malheureuse es-tu, Bethsaïda! car si les miracles qui ont eu lieu chez vous avaient eu lieu à Tyr et à Sidon, il y a longtemps qu'elles se seraient converties, vêtues de sacs et assises dans la cendre. Oui, lors du jugement, Tyr et Sidon seront traitées avec moins de rigueur que vous. Et toi, Capharnaüm, seras-tu élevée jusqu'au ciel? Tu descendras jusqu'au séjour des morts.

Qui vous écoute m'écoute, et qui vous repousse me repousse; mais qui me repousse repousse celui qui m'a envoyé.

Les soixante-douze disciples revinrent dans la joie, disant: "Seigneur, même les démons nous sont soumis en ton nom."

Jésus leur dit: "Je voyais Satan tomber du ciel comme l'éclair. Voici, je vous ai donné le pouvoir de fouler aux pieds serpents et scorpions, et toute la puissance de l'ennemi, et rien ne pourra vous nuire. Pourtant ne vous réjouissez pas de ce que les esprits vous sont soumis, mais réjouissez-vous de ce que vos noms sont inscrits dans les cieux."

A l'instant même, il exulta sous l'action de l'Esprit Saint et dit: "Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d'avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l'avoir révélé aux tout petits.

Oui, Père, c'est ainsi que tu en as disposé dans ta bienveillance. Tout m'a été remis par mon Père, et nul ne connaît qui est le Fils, si ce n'est le Père, ni qui est le Père, si ce n'est le Fils et celui à qui le Fils veut bien le révéler."

Jésus envoie-t-il encore en mission aujourd'hui ?

Non seulement il envoie en mission, mais Il nous demande de prier le Père qu’il envoie des ouvriers dans sa moisson. Mais il faut bien s’entendre sur le terme de « mission » : la mission ne se réduit pas à chercher à remplir les bancs des églises. Elle ne se réduit pas non plus à du prosélytisme dans les nations lointaines. Annoncer le règne de Dieu est la mission de tous ceux que Jésus envoie.

« Comment proclamer l’évangile, sans être envoyé ? », demande Paul dans Romains 10/15.

Nous voyons donc que si la mission d’annoncer le Règne de Dieu cessait, nous ne serions même pas là ce matin. Elle n’est pas réservée aux pasteurs, cette mission. C’est notre Å“uvre. Celle que Jésus nous laisse. Première chose à faire : prier que le Seigneur « envoie des ouvriers dans sa moisson ».

Des ouvriers dans sa moisson : nous y sommes justement dans la période de la moisson. Quand on circule dans la campagne, on se régale à voir les champs de blé mur. Dans la Bible, il en est souvent question de la moisson. Jean-Baptiste avait présenté Jésus comme quelqu’un « tenant sa pelle à vanner à la main, pour nettoyer son aire et pour recueillir le blé dans son grenier » (Luc 3/17).

La moisson appartient exclusivement à Dieu. Voilà qu’elle commence. Elle commence, parce que Jésus va à Jérusalem, comme cela nous était rapporté dans le chapitre précédent. Il tourne son visage vers Jérusalem. Jérusalem, c’est un visage. Ses pierres ont maintenant un visage, celui de Jésus, visage que l’évangile ne nous décrit pas.

Mais nous savons désormais que ce visage est tourné vers Jérusalem, et le premier verset de notre texte nous dit que Jésus envoie les 72 disciples devant son visage.

Il y avait alors selon la Septante, la Bible grecque, 72 nations.

72 disciples représentant les 72 nations accomplissent en Israël la mission que Jésus leur a confiée. Toutes les nations seront touchées par cette mission qui s’est accomplie d’abord en Israël et s’accomplira encore en Israël. Car le visage de Jésus est toujours tourné vers Jérusalem. C’est la raison pour laquelle les églises sont construites orientées vers Jérusalem.

La première chose que les disciples doivent apporter, c’est la paix. La paix caractérise l’œuvre du Messie. La paix est l’aboutissement de la bénédiction que les kohanim, les prêtres, donnent aux fidèles dans le temple : « que le Seigneur t’accorde sa paix ! ». Un très beau verset de Psaume 147/14 dit : « le Seigneur te donnera la paix comme frontière ». Tout se fait dans le cadre de la paix.

L’apôtre Paul écrit aux chrétiens à Colosses en Asie Mineure :

« que règne dans vos cÅ“urs la paix du Christ, à laquelle vous avez été appelés tous en un seul corps » (Colossiens 3/15).

Tout est fondé sur la paix vers laquelle nous sommes communautairement orientés : la paix du Messie Jésus. Il faut qu’elle règne aujourd’hui et chaque jour dans nos cÅ“urs. Cette paix est plus forte que l’adversité : « je vous envoie comme des brebis au milieu des loups » (v.3).

Les brebis paraissent fragiles au milieu des loups, et pourtant, ce sont elles qui « piétinent les serpents et les scorpions » (v.19), « toute la puissance de l’ennemi ». Quel paradoxe ! Mais nous retrouvons sans cesse ce paradoxe dans les écrits des apôtres, qui accomplissent de grands miracles, de grandes délivrances, mais sont eux-mêmes victimes des persécutions.

À propos de la puissance de l’ennemi :

Satan, les démons, les esprits mauvais sont mentionnés dans ce texte. Du haut de notre orgueil intellectuel, nous les Français considérons souvent cela de haut, comme des catégories de pensées d’un monde révolu. C’est être bien naïf que de penser ainsi, bien aveugle plutôt. Il suffit de regarder : les deux présidents Chirac et Mitterand ont dit publiquement avoir consulté une voyante avant leur élection.

La littérature ésotérique parlant des forces spirituelles occultes occupe un rayon complet dans les librairies. Le dragon et le serpent en tant que symboles de Satan sont des images omniprésentes dans les bandes dessinées pour enfants.

Et, last but not least, la nudité, caractéristique principale du serpent d’après Genèse 3/1 est ce qu’on voit aujourd’hui le plus répandu sur les panneaux d’affichage, sur internet et dans les magazines.

D’après la Bible, la nudité n’est sanctifiée que dans le cadre de l’alliance du mariage.

Quant au démon le plus puissant dont Jésus a donné le nom,

« Mammon »,

c’est ce qu’on appelle aujourd’hui le capitalisme, les intérêts économiques. Voilà une énumération qui prend beaucoup de place, mais qui peut nous faire prendre conscience que la vision du monde qui nous est rapportée ici dans l’évangile est toujours d’actualité

Et encore, il y a tant de choses que je n’ai pas mentionnées !

Concernant Satan et son armée de démons, il faut éviter deux écueils :

  • 1. le premier consiste à ne pas en parler, comme si ces forces n’existaient pas
  • 2. le deuxième consiste à en parler au point de créer de l’angoisse, comme si Jésus n’avait pas donné le pouvoir de fouler aux pieds toute la puissance de l’ennemi.

Dans le combat que nous avons à mener contre cette puissance, il faut nous réjouir avant tout de ce que « notre nom est inscrit dans les cieux ». C’est des cieux que vient le pouvoir que Jésus nous donne sur cette puissance. Et ce pouvoir nous vient du fait que nos noms sont inscrits dans les cieux.

C’est Jésus qui a fait inscrire notre nom dans les cieux.

Satan veut effacer notre nom de la présence même de Dieu. Jésus l’a vu tomber du ciel comme l’éclair. Cet événement est relaté également dans Apocalypse chapitre 12, où on voit à quoi Satan passe son temps dans le ciel : il nous accuse devant Dieu (v.10). Il a des arguments valables, mais Jésus en a qui sont encore plus valables : son propre sang, son visage tourné vers Jérusalem, où il est mort et ressuscité, cela ne peut être effacé devant Dieu et cela inclut que nos noms sont inscrits dans les cieux aujourd’hui. Voilà ce dont nous pouvons nous réjouir. Mais cette joie n’est pas une joie béate, qui ignore la mission qui nous est confiée : donner la paix, guérir les malades, annoncer le règne de Dieu.

Cette mission, Jésus l’a vue comme une urgence qui ne souffre aucun retard, ni les salamalecs en cours de route, ni les approvisionnements compliqués demandant de longs préparatifs. Nous trouvons ici la même urgence qu’au chapitre précédent, où Jésus interdit à quelqu’un qu’il vient d’appeler d’aller enterrer son père (Luc 9/59). Je pense qu’il est allé enterrer son père mais en allant en même temps annoncer le Règne de Dieu. C’est cette annonce qui est plus urgente que tous les devoirs fondamentaux de l’être humain.

Les villes comme Chorazin, Bethsaïda, Cepharnahoum, qui n’ont pas su saisir l’occasion de la conversion sans délai, au moment où les signes du Règne de Dieu leur furent donnés, ces villes sont jugées par Jésus plus malheureuses que Sodome, Tyr et Sidon.

Selon Jésus, les pervers sont donc plus prompts à saisir les signes du règne de Dieu que les gens qui se croient impeccables !

Le peuple de Dieu ne peut pas se reposer sur ses acquis, sur ses traditions, même celles qu’il a reçues de Dieu, car Dieu, le Dieu d’Israël, est un Dieu vivant, toujours Créateur.

Personne ne peut dire qu’il Le connaît une fois pour toutes, qu’il L’a compris une fois pour toutes. Car seuls les objets peuvent être connus une fois pour toutes. Il n’y a que les objets dont notre intelligence peut faire le tour.

Dieu ne peut être connu comme un objet.

Quand nous restons sur nos acquis,

quand nous n’acceptons plus l’inattendu de la révélation du Dieu vivant,

c’est que le dieu auquel nous croyons est devenu un objet, une simple idole muette et sourde, qui ne parle pas

et quand elle parle,

c’est nous qui la faisons parler, nous sommes des faux prophètes.

Avec Jésus, le Dieu vivant se révèle comme Il veut, quand Il veut. Il reprend tous ses droits de Dieu Créateur et Sauveur.

Et Sa révélation peut prendre des chemins que nous n’avions pas prévus. Et à ce moment-là, refuser d’accueillir celui qu’Il envoie, c’est refuser d’accueillir Dieu lui-même.

Cela ouvre-t-il le champ trop largement à toutes les nouveautés, à tous les gourous modernes qui prétendent tous apporter du nouveau ?

Non ! Parce que le nouveau est toujours dans l’ancien.

__[Un gourou qui nous amènerait à rejeter la Bible, ne vient pas de Dieu, c’est un faux prophète ; un gourou qui nous amènerait à rejeter l’Eglise, ne vient pas de Dieu, c’est un faux prophète. Un gourou qui nous amènerait à rejeter Israël, ne vient pas de Dieu, c’est un faux prophète.]__

Certes, on peut toujours s’interroger sur : « qui est l’Eglise ? Qui est Israël ? », mais ce sont là des interrogations plus ou moins futiles, car hier comme aujourd’hui, Satan et ses cohortes de démons savent très bien qui est Juif, qui est chrétien, et comment les torturer, les assassiner.

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Mais les brebis au milieu des loups annoncent un règne qui ne finira pas, un règne bien plus puissant que le règne de celui qui ne peut que tuer les corps et qui ne pourra jamais effacer notre nom du livre de vie dans les cieux.

Amen.