FAMILLES EN DANGER - Le piège de l’abus spirituel organisé - Témoignage de Michel-André
recueilli par Michelle d'Astier de la Vigerie, vendredi 10 octobre 2008 | 2291 lectures | 39 commentaires
Note M.A?V? : L'auteur de ce témoignage a choisi de mettre un pseudo : les faits sont récents, lui et sa famille sont encore mal remis, et ils craignent légitimement des pressions de toutes sortes... Mais ce témoignage dont je connais l'auteur rejoint beaucoup d'autres témoignages que j'ai entendus provenant d'anciens membres de la même assemblée. Il est à prendre au sérieux. Beaucoup reconnaîtront l'assemblée en question. Puisse ce témoignage aider certains à s'échapper du filet de l'oiseleur !

Bonjour à tous,
Je voudrais ici vous ra- conter comment, pendant près de onze ans, ma famille et moi-même avons été, à notre insu bien enten- du, pris dans un piège terri- fiant,
celui de l’abus spi- rituel au sein d’une « grande » église évangélique qui compte à l’heure où j’écris près de 7000 membres et dont l’emprise ne cesse de s’étendre, d’après de récents témoignages.
Mon épouse, d’origine africaine, était tombée gravement malade peu après notre mariage en 1994 (j’étais alors veuf et déjà père de trois petites filles). Cette maladie, aucun médecin consulté n’a pu mettre un nom dessus tant elle paraissait « bizarre », mais le fait est que mon épouse ne pouvait pratiquement plus marcher normalement, ressentait des douleurs diffuses, était en proie à des crises de nausées, à des vertiges et des migraines très pénibles. Aucun traitement n’a pu venir à bout de cette maladie invalidante et mystérieuse. J’étais désespéré de ne voir aucune amélioration de son état car au fil des mois rien ne semblait changer.
De confession catholique à l’époque, je priais avec mon épouse selon ce que nous connaissions de la prière, nous sommes allés à Lourdes, avons brûlé des tonnes de cierges, avons dépensé « beaucoup d’argent avec les médecins », en vain.
Un jour cependant, à l’occasion d’une énième intervention, mon épouse a fait la connaissance d’une aide-soignante qui lui a montré un prospectus concernant un pasteur portugais qui priait pour les malades au cours de cultes qui se tenaient en région parisienne. J’étais fermement opposé à ce qu’elle allât à ces cultes mais, en désespoir de cause, négligeant mes oppositions, elle se rendit tant bien que mal dans une de ces réunions de guérison.
Effectivement, à l’issue de la prière du pasteur, elle retrouva sa santé et fut instantanément guérie de son mal. Aussitôt averti de cette bonne nouvelle, après plus d’un an d’intenses douleurs et d’angoisses, je décidai, le dimanche suivant de la suivre au culte avec nos enfants.
Ainsi nous devînmes membres de cette église et tout semblait nous sourire de nouveau.
Au fil des années, nous occupions une place importante dans l’église. Après avoir suivi des cours pour devenir « Co-leaders » puis « leaders » de cellules de maisons, nous avons suivi pendant deux années consécutives l’école biblique, payante (500 euros par an sur 6 mois de cours à raison de 3h/jour), nous sommes devenus responsables de plusieurs cellules de maison, j’étais musicien dans l’équipe de louange, mon épouse s’occupait du département de l’intercession en tant que bras droit de la responsable, deux de nos filles chantaient à la louange...
Bref toute la famille s’était très sérieusement engagée d’une façon ou d’une autre dans cette église si organisée où rien ne semblait, ou ne pouvait aller de travers…
... Il ne cachait pas son ambition, au cours de ses messages, de devenir le « plus grand prédicateur de la plus grande église de France et pourquoi pas d’Europe ! ».
En 2002, nous sommes devenus responsables de départements et à peu près quatre à cinq jours par semaine nous étions soit à l’église, soit dans les cellules de maison . Notre vie de famille a commencé à être un peu mise de côté…nous avions trois enfants de plus et ceux-ci étaient assez jeunes encore, je ne voyais presque plus mes parents, nous ne sortions pratiquement plus du tout en famille ou en couple, hormis pour se rendre à l’église.
Nous étions chaque dimanche enthousiasmés par les prédications de notre « homme de Dieu » et trouvions ses enseignement « hors pair », du jamais-vu dans aucune église ; d’ailleurs il ne cachait pas son ambition, au cours de ses messages, de devenir le « plus grand prédicateur de la plus grande église de France et pourquoi pas d’Europe ! ».
Et bien sûr toute l’assemblée, comme un seul homme était pleinement d’accord avec lui, car aucune église ne trouvait en fait grâce à ses yeux : « que des églises mortes qui n’ont rien à nous apprendre ». Nous étions membres selon lui d’une « dynastie » unique en son genre qui allait montrer au monde perdu de « quel bois on se chauffe chez nous… ».
De très nombreux invités venaient prêcher dans l’église et exclusivement des « grands pasteurs américains » qui n’avaient pas moins de 5000 ou 10000 membres dans leurs assemblées, ce qui nous confortait dans l’espoir de voir notre propre assemblée exploser d’ici quelques années.
Ces hommes de Dieu centraient presque tous leurs messages autour des thèmes de la prospérité et de la domination, ces deux thèmes devenant d’années en années très récurrents si bien que nous n’avions plus que ces deux mots à la bouche comme si le monde entier allait en dépendre !
Très fidèles dans nos dîmes conformément aux enseignements « musclés » de notre cher pasteur qui ne lésinait plus sur les moyens de coercition mentale et de culpabilisation, nous étions également très généreux dans des offrandes lors d’appels spéciaux. Ainsi mon épouse et moi-même avons très largement contribué aux différents besoins de l’église, et il nous est arrivé de nous mettre presque en danger vis-à-vis de notre banque, ainsi que notre fille aînée qui a été interdite bancaire à la suite d’un message qui faisait appel à la malédiction sur ceux qui « n’honorent pas Dieu et surtout l’homme de Dieu » avec tous leurs biens.

Sans vouloir me vanter j’ai calculé récemment que sur dix années de « bons et loyaux services » nous avons, dîmes comprises, dépensé pas moins de 80000 euros pour l’œuvre du Seigneur.
Mais bien sûr cela peut sembler dérisoire quand on sait qu’aux Etats-Unis, cela représente, dans des grands ministères, le salaire moyen d’un pasteur bien en vue.
Donc je crois que nous avons encore des efforts à faire pour nous hisser à de tels niveaux !
...Notre homme de Dieu voyait, dans les manifestations d’humeur, de la rébellion contre « l’autorité divine »....
Le commencement de la fin à eu lieu lorsqu’un couple de nos amis très proches du pasteur, a commencé à « battre de l’aile ». Trop souvent à l’issue des cultes (à partir de 2001 il y avait trois cultes par dimanche auxquels étaient tenus de participer tous les responsables et leurs épouses), des réunions « impromptues » étaient improvisées par le pasteur dans son bureau qui pouvaient durer jusqu’à minuit ou plus, ce qui finissait par exaspérer quelques épouses de responsables déjà fatiguées par la journée-marathon et pressées de regagner leurs foyers.
Mais cela ne dérangeait pas le moins du monde notre homme de Dieu qui voyait dans ces manifestations d’humeur, de la rébellion contre « l’autorité divine ».
Des couples ont commencé à se disputer dont celui de nos amis. Son épouse a commencé à délaisser l’église et souvent nous avions l’occasion d’échanger nos points de vue. Il en ressortait que beaucoup de choses nous semblaient exagérées dans les propos et dans les faits de notre « homme de Dieu ».
Je dois ajouter qu’il était seul à enseigner, il n’avait nommé ni anciens ni diacres, ni évangélistes ni prophètes ni docteurs…bref il était à lui seul l’ensemble des ministères et cela avait commencé à nous intriguer.
Je dois dire qu’avec mon épouse nous nous rendions souvent à des séminaires ou à des conventions en France et en Afrique, ceci à l’insu du pasteur qui interdisait que l’on fréquentât d’autres assemblées même occasionnellement, et partout où nous allions nous trouvions des églises organisées selon le modèle biblique mentionné dans Actes des Apôtres et dans les lettre de Paul, mais chez nous, non.
Sans aucun doute notre assemblée était-elle hors normes et au-dessus de ces contingences d’une autre époque.
Un autre couple de responsables dont nous étions proches s’était également trouvé en délicatesse avec le pasteur à la suite du mariage de leur fils avec la fille d’une autre responsable, mariage qui s’est terminé quelques mois après sa célébration à l’église par un divorce.
Petit à petit une certaine méfiance a commencé à s’installer en nous et nous ne voyions plus les choses de l’église de la même façon.
...S’ensuivait une cérémonie spéciale dite de « la main d’association » au cours de laquelle chaque postulant membre devait défiler devant l’homme de Dieu, son épouse et chaque responsable direct pour une sorte de « cooptation » par l’église...

Un certain dimanche au cours d’un des cultes, le pasteur a organisé une cérémonie curieuse qui consistait à oindre d’huile chaque participant après qu’il soit passé devant l’homme de Dieu pour accomplir une sorte de rituel d’allégeance à son égard.
Après coup cela nous a intrigués mais sur le moment nous n’étions pas vraiment conscients de la gravité de ce geste qui en réalité achevait de nous conditionner et de nous rendre ainsi de plus en plus dépendants de « l’homme de Dieu ». Bien sûr c’était biblique selon lui, car l’on doit « obéir » à nos conducteurs et leur être soumis…
De même pour devenir « membre officiel » de l’église il fallait d’abord suivre un cours spécial plusieurs dimanches de suite, qui rappelait les obligations du membre vis-à-vis de l’église, du pasteur et des responsables, puis s’ensuivait une cérémonie spéciale dite de « la main d’association » au cours de laquelle chaque postulant membre devait défiler devant l’homme de Dieu, son épouse et chaque responsable direct pour une sorte de « cooptation » par l’église.
Ensuite nous recevions une carte de membre et un diplôme à accrocher (dans sa cuisine ou ailleurs… !).
Désormais les maître-mots de presque tous les messages pastoraux étaient : soumission, obéissance, domination, autorité, prospérité, ce que le pasteur nommait les « cinq piliers de l’église » ; nous étions tenus de confesser chaque jour à chaque instant des « paroles positives » du style : je suis le meilleur, j’aime mon homme de Dieu, je vais de gloire en gloire, je n’ai pas le droit d’être faible etc. etc.…
Il nous était interdit de prononcer la moindre parole de découragement ou de faiblesse, d’énoncer la moindre critique du « système », encore moins de contester quoi que ce soit, le leitmotiv était « marche ou crève », nous étions des « kamikazes pour Jésus » que rien ne pouvait arrêter.
Certains membres décidés à s’investir davantage sont devenus missionnaires pour ouvrir des cellules partout en province, et par la suite ont démissionné de leurs emplois pour se consacrer entièrement à leur tâche.
Bien sûr l’église les rétribuait selon les résultats de leurs efforts ; ainsi le salaire était proportionnel au mérite et à la fidélité au service et … à l’homme de Dieu.
Un véritable et draconien règlement intérieur s’était imposé et malheur à celui qui s’aventurerait à le transgresser ! L’église régie par une association loi de 1901, comme la plupart des églises, normalement devait rendre des comptes précis à ses membres au moins une fois par an, mais cela n’était jamais fait, et dès lors que des questions « gênantes » concernant les finances étaient soulevées, les personnes ayant émis ces questions ou observations étaient sévèrement remises à leur place.
Enfin un beau jour mon épouse à été démise de ses fonctions de responsable par un appel téléphonique d’un des « hommes de main » du pasteur, sans préavis et sans motif. Elle a pris rendez-vous pour connaître les raisons de cette exclusion qu’elle vivait très mal- et dont elle a encore du mal à se remettre encore à l’heure où j’écris ces lignes-
Le pasteur nous a convoqués dans son bureau trois semaines après pour nous expliquer qu’il n’avait plus confiance en nous car il lui semblait que nous n’étions plus « d’un seul cœur » avec lui et la vision de l’église.
En effet, pour devenir responsable de département, il fallait suivre un cursus de plusieurs semaines, le soir entre 21h et 1h du matin… et surtout signer un engagement en plusieurs points, qui stipulait entre autres obligations, de s’engager à servir la vision de l’église et l’homme de Dieu « jusqu’à la mort ».
Mon épouse n’a pas voulu accepter ce point du règlement et a expliqué pourquoi dans un commentaire annexe au questionnaire. Cela lui a été bien sûr sévèrement reproché.
Il nous a expliqué ensuite, que certains de ses proches responsables lui auraient affirmé que nous tentions de fonder notre propre ministère dans son dos avec l’aide d’un des couples avec qui nous étions proches et que, par conséquent cela ne pouvait pas cadrer avec notre engagement envers lui et l’église, qui devait être total, et sans aucune forme de compromis…
Par la suite le couple de nos amis a été chassé de l’église, lui licencié sans préavis ni indemnités de licenciement (il y travaillait à temps plein depuis plusieurs années). L’autre couple que nous estimions beaucoup est aussi parti de l’église parce qu’il ne supportait plus la pression permanente exercée depuis des mois, le mari, diabétique, avait fait plusieurs comas chez lui à la suite d’une énorme accumulation de fatigue, et le pasteur n’avait rien fait pour alléger sa charge de travail- après tout il n’avait qu’à avoir assez de foi pour sa guérison…-
Finalement, en juin 2005, en plein séminaire, nous avons décidé mon épouse et moi de partir, fatigués, dégoûtés, remplis d’amertume et de déception, et pendant plus de deux ans nous n’avons plus fréquenté aucune église. Nous avions investi beaucoup d’argent et notre situation financière n’avait fait que se dégrader au fil des années, ce qui tout de même est contraire aux lois bibliques.
Nous avions reçu quantités d’enseignements que nous devions restituer presque mot pour mot dans les cellules de maison : impossible d’enseigner en dehors des limites imposées.
Nous faisions chaque semaine des centaines de kilomètres pour assister aux réunions, cultes, séminaires (nous habitions à plus de 80km de paris), et en définitive nos vies étaient toujours aussi ternes, malgré un enthousiasme au départ qui devenait de façade à la fin.
Nos enfants étaient lassés d’être obligés de venir tous les dimanches de 9h du matin à 20h le soir, sans compter les soirs de répétitions de chorale qui parfois duraient jusqu’à minuit passé, et, en définitive nous étions traités comme des moins que rien.
Que reste-t-il de toute cette histoire aujourd’hui ?

Je suis conscient qu’il s’agissait d’une affaire de manipulation mentale et spirituelle et que Dieu nous a petit à petit ouvert les yeux. Le problème est que maintenant nous sommes devenus méfiants pour nous engager à nouveau dans un ministère. Que va-t-il nous arriver si nous tombons encore entre les mains d’un manipulateur ?
Il y a tellement de « faux » ministères qu’il faut vraiment rechercher la face de Dieu pour accepter de s’engager quelque part. Nous sommes réellement arrivés dans la grande période de l’APOSTASIE de l’Eglise. Le plus dramatique c’est que des milliers de gens n’ont pas encore eu la chance d’avoir les yeux ouverts alors qu’il est encore temps de fuir…
Je rends grâces au Seigneur des seigneurs de nous avoir retirés de ce piège mortel et d’avoir permis de « dévoiler ce qui est caché ». Puisse ce témoignage servir à ceux qui sont encore prisonniers, et surtout faire en sorte de ne plus accepter de servir des hommes sans scrupules.
On ne sert pas un homme, mais on sert le Seigneur !
L’Eglise a besoin de bien plus qu’un réveil, c’est une véritable réforme qu’il lui est à présent nécessaire.
Que Dieu vous bénisse.
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