Les conseils de sa mère sont-ils toujours à suivre ?

Devrions-nous rester soumis à ceux qui ne nous respectent pas ?

Quel est l’avantage d’être attentif à la toxicité de ses parents ?

« Plus le niveau spirituel de l’éducateur est pauvre, plus sa morale est incolore, plus il impose d’interdits et d’ordres, non pour le bien de l’enfant, mais pour préserver sa propre tranquillité. »

Janus Korczak (1)

« C’est notre propre exemple qui enseigne à l’enfant à mépriser tout ce qui est faible. »

Janus Korczak

Récemment, une interlocutrice m’a confié qu’elle trouvait l’étiquette de « parents toxiques » un peu excessive. Certes, ses parents n’avaient rien de parfait, elle-même avait subi des abus, mais selon elle, il fallait respecter et aimer ses parents, même si ceux-ci avaient leurs failles, leurs propres blessures. Elle estimait qu’on leur devait affection et présence, et que, bien souvent, ils agissaient de bonne foi, persuadés de vouloir le bien de leur enfant, même dans la contrainte ou la sanction. Donner la vie, endurer des difficultés, voilà qui justifierait leur reconnaissance et leur respect.

Mais alors, doit-on aimer et honorer ses parents quoi qu’il arrive ?

Estimer que l’effort ou l’intention justifie tout, est-ce raisonnable ? Vouloir bien faire suffirait-il à faire le bien ? Refuser d’admettre la réalité des « parents toxiques », c’est s’imposer l’interdit de remettre en cause l’autorité parentale, sous prétexte de filiation. Pourtant, il existe des parents à l’écoute et respectueux, mais aussi des adultes qui nuisent à leurs enfants, parfois sans même s’en rendre compte, dans une société qui a du mal à désigner ces dérives.

Pour rendre justice aux parents qui respectent vraiment leurs enfants, tentons d’approcher ce que recouvre la notion de toxicité parentale.

Qu’appelle-t-on parent toxique ?

On pense d’abord à des situations extrêmes : parents alcooliques, violences physiques ou sexuelles. Mais la toxicité se loge aussi dans la banalité, domination, critiques, mépris, manipulation, des attitudes que certains voient comme légitimes, persuadés d’agir pour le mieux.

Bien souvent, ces parents n’ont pas conscience du mal qu’ils font. Ils s’imaginent aimer suffisamment leur enfant, ne voient dans une humiliation qu’une correction, et derrière l’éducation, glissent des violences ordinaires qui produisent l’inverse de l’effet recherché.

Prenons le cas d’une mère qui répète sans cesse à sa fille qu’elle va tomber dès qu’elle bouge : elle croit la protéger, mais son anxiété vient étouffer l’élan de l’enfant. Ce genre d’attitude, même involontaire, finit par diminuer l’assurance, abîmer la confiance, accroître la dépendance.

Petit à petit, ces gestes ou ces paroles, répétés des centaines de fois, s’infiltrent dans la construction de la personnalité de l’enfant. Il finit par se persuader que ce qu’il ressent de lui-même n’est pas valable, que son ressenti doit s’effacer devant la volonté parentale. Naissent alors la culpabilité, la peur, la honte, poisons sournois, silencieux, mais tenaces.

La toxicité ordinaire commence souvent par le déni de l’expérience de l’enfant.

Imaginez un enfant qui tombe dans la rue. Il se fait mal, c’est un fait. Le parent, croyant bien faire, balaie sa douleur : « Ce n’est rien, tu n’as pas mal. » Il veut rassurer, mais impose à l’enfant de douter de son propre corps. L’enfant, partagé entre ce qu’il ressent et ce que son parent exige qu’il ressente, apprendra qu’il vaut mieux se conformer à l’adulte pour être aimé. Ce mécanisme, répété, crée une fracture intérieure qui peut durer toute une vie.

Adulte, il doutera de ses sentiments, hésitera à s’engager, redoutera de s’affirmer. Un homme de quarante ans peut ainsi réprimer ses désirs profonds, simplement pour ne pas contrarier sa mère. Il croit l’aimer, alors qu’il reste prisonnier de ses peurs à elle. Et l’amour parental ne peut exister là où l’on juge ou critique les choix de vie de son propre enfant adulte.

Qui n’a jamais entendu « Je l’ai fait pour ton bien » ? Cette formule sert trop souvent de prétexte à des maladresses, voire à des blessures profondes. Certains parents s’y enferment, incapables de voir les besoins de leur enfant autrement qu’au prisme des leurs. Cette posture, parfois qualifiée d’« incestuelle », empêche l’enfant de s’émanciper, l’enferme dans une dépendance qui brise toute autonomie véritable.

Un parent respectueux s’interroge, accepte d’être déconcerté par son enfant, reconnaît que celui-ci n’est ni son clone ni sa propriété. Il admet qu’il n’a pas toujours la réponse à « ce qui est bon pour lui ». Aimer son enfant, parfois, c’est justement le laisser explorer, se tromper, grandir à son rythme, même si le parent doute ou craint pour lui.

Wayne Dyer (2) formule ainsi : « L’amour, c’est la capacité et la volonté de laisser ceux qu’on aime être ce qu’ils choisissent d’être, sans exiger que leur comportement nous satisfasse. »

Laisser un enfant grandir, c’est accepter qu’il fasse ses propres erreurs et qu’il en tire lui-même les leçons, même si cela demande au parent de mettre de côté ses propres peurs.

La fille d’une amie, par exemple, était d’une désorganisation chronique : tout égarer, tout oublier. Des années de rappels et de conseils n’avaient rien changé. Le déclic s’est produit le jour où elle a raté un examen faute d’avoir retrouvé sa carte d’étudiante à temps. C’est ce choc, et non les recommandations parentales, qui l’a amenée à se discipliner d’elle-même.

Autrement dit, l’expérience personnelle reste le moteur de l’apprentissage. On n’apprend pas à marcher sans tomber, et chaque chute, chaque échec, fait grandir l’enfant plus sûrement que n’importe quel sermon.

Bien souvent, la volonté de protéger n’est qu’un masque pour l’inquiétude du parent, qui confond amour et contrôle. Empêcher l’enfant de commettre ses propres erreurs, c’est lui ôter la chance de grandir et d’apprendre. Ce refus du risque, ce refus de laisser l’enfant se tromper, voilà le trait commun des parents toxiques.

Face à l’erreur, le parent toxique gronde, s’agace, répète : « Je te l’avais bien dit ! » Le parent bienveillant, lui, soutient, accompagne, même s’il avait anticipé l’échec. Il sait que l’apprentissage passe toujours par le droit à l’erreur.

Bien sûr, il y a des limites. Si un enfant de cinq ans se penche par la fenêtre du troisième étage, on intervient, sans tergiverser. Mais si, à dix-sept ans, il s’aventure dans une relation amoureuse qui vous inquiète, l’aimer vraiment, c’est respecter sa liberté, rester présent, sans imposer sa volonté.

Les parents toxiques sont ceux qui imposent leurs jugements avec certitude, convaincus d’avoir raison, et exigent de leurs enfants qu’ils s’y plient. Un chantage à l’amour s’installe : « Je me trompe nécessairement si je ne pense pas ou n’agis pas comme mon parent aimant l’exige. »

Qu’est-ce qui fait qu’un enfant se sent aimé ?

Un enfant se sait aimé non parce qu’on le lui dit, mais parce qu’il n’a pas à craindre la réaction de ses parents, parce qu’il se sent accueilli tel qu’il est.

Pour que l’enfant ait cette sécurité intérieure, le parent doit avoir travaillé sur sa propre autonomie émotionnelle. Être capable de distinguer ses peurs, ses angoisses, ses blessures, et de ne pas les projeter sur l’enfant : c’est là où les parents toxiques échouent.

Un enfant dont les parents ont trouvé cette autonomie pourra, à son tour, développer ses propres convictions, ses sentiments, son authenticité. Il pourra tracer sa route, en accord ou non avec l’avis parental.

À l’inverse, un parent toxique fabrique le plus souvent des enfants dociles, soumis, incapables de s’écouter, persuadés que leurs besoins sont égoïstes. D’autres, pour survivre, choisissent la rébellion et se verront traités de « mauvais enfants ». Ce mécanisme entretient la peur, l’isolement, la haine, et la boucle de la toxicité se referme.

Devenus adultes, beaucoup de ces ex-enfants s’empressent de relativiser : « J’ai pris des claques, mais je les méritais… Ça m’a forgé le caractère. » Il leur serait trop douloureux de reconnaître qu’ils ont été mal aimés, d’abandonner l’illusion de l’amour parental.

La confiance en soi ne naît que du regard respectueux du parent. Un enfant respecté respecte en retour, naturellement, parce que l’amour reçu appelle l’amour donné. Ce climat de confiance évite bien des mensonges, bien des cachotteries, y compris les fameuses mauvaises notes à l’école.

Pour un parent, admettre ses attitudes toxiques, même tardivement, offre une chance d’évoluer, notamment à l’adolescence de son enfant. C’est l’occasion de corriger le tir, d’ouvrir la porte à un dialogue plus vrai.

Un ami me rapportait ces mots : « Parler à un adolescent, ce n’est pas dire “Je suis là pour t’aider”, mais reconnaître : “Je sais que parfois je n’ai pas été là quand tu m’attendais, mais maintenant je veux l’être.” » Ce genre de parole réinstaure la confiance. L’adolescence devient alors un moment propice, à condition d’écouter sans juger, d’apaiser les blessures anciennes.

À ceux qui affirment que la violence n’a jamais fait de mal à personne…

Prétendre que la maltraitance n’empêche pas de « vivre normalement », c’est renvoyer les victimes à leur silence et légitimer la violence. Refuser de reconnaître la souffrance des victimes, c’est enfermer la colère, avec le risque de la voir se transformer, un jour, en brutalité envers autrui.

Mais qu’est-ce que « vivre normalement » ? Est-ce vivre dans la peur du conflit, parce qu’on nous a appris que le plus fort avait toujours raison ? Est-ce penser qu’on éduque mieux en humiliant, parce que nous-mêmes avons été humiliés ? Est-ce donner une gifle parce qu’on en a reçu, dans des circonstances comparables ?

Celui qui souffre n’a-t-il pas le droit de l’exprimer, même violemment ? Doit-on exiger des victimes qu’elles se taisent, sous prétexte que la figure parentale ne se discute pas ? On a accepté que les femmes remettent en cause l’autorité de leur mari ; pourquoi l’enfant ou l’adulte qu’il devient, n’aurait-il pas le même droit ?

Oser se poser ces questions, c’est ouvrir la voie à la reconnaissance que personne ne mérite d’être maltraité, ni physiquement, ni moralement.

Combien de victimes de violences minimisent encore les coups, les humiliations, simplement pour ne pas devoir admettre que leurs parents étaient toxiques ?

Nous sommes enfin à une époque où certains tabous s’effritent, où la « loi du silence » ne tient plus aussi bien. Reconnaître ses erreurs, ses maladresses, commence aussi par examiner la toxicité potentielle de ses propres parents : il est légitime, et même salutaire, de nommer la violence, même si elle vient de ceux qui nous ont donné la vie.

Si l’on observe son enfant sans filtre, on voit bien qu’il est déjà mortifié d’avoir renversé la bouteille de lait sur le carrelage. En rajouter avec un « Bravo, tu peux être fier de ta maladresse ! » ne fait qu’aggraver l’injustice, infliger une double peine.

Le parent, en découvrant que sa propre réaction moqueuse ou culpabilisante n’est que le reflet de ce qu’il a lui-même subi, peut choisir de rompre la chaîne. Au lieu de punir, il peut proposer : « Viens, on va nettoyer ensemble, je vais te montrer comment tenir cette grosse bouteille… » et reconnaître que même un adulte peut trouver ça difficile.

Est-il illégitime de fixer des limites face à la mère âgée qui s’indigne parce qu’on ne reste pas assez longtemps après une journée de travail, entre courses et repas à préparer ? Faut-il céder à son chantage affectif ? Pourquoi la parentalité ou la vieillesse donneraient-elles des droits particuliers ? Apprendre à se positionner, à répondre justement à l’inconscience de l’autre, c’est aussi savoir reconnaître la toxicité là où elle se trouve.

Dans le cas de la mère abusive, limiter les visites à une fois par semaine, mettre en place un réseau d’aide, poser des frontières claires : ce sont des réponses possibles.

Pour avancer vers une responsabilité authentique, il faut parfois sacrifier son propre confort, confronter ses imperfections, abandonner l’idée que la tranquillité justifie tout. Reconnaître la toxicité dans son propre comportement, ou dans celui de ses parents, offre une chance de sortir des cercles d’abus.

Oui, l’égoïsme fait des ravages, mais ce mot recouvre des réalités très différentes. S’ouvrir aux autres, ce n’est pas s’oublier, ni cautionner la violence. L’égoïsme, c’est exiger que l’autre se conforme à nos besoins. Le reconnaître chez soi ou chez les autres, c’est se donner le droit de dire non à la toxicité, même quand elle vient de ses propres parents.

Apprendre à repérer la manipulation, le chantage, la domination, c’est refuser de rester victime, et commencer à construire des relations plus justes, même avec ceux qui nous ont donné la vie.

Notes (source Wikipedia) :

(1) Janus Korczak : médecin-pédiatre et écrivain polonais, figure majeure de la pédagogie de l’enfance avant la Seconde Guerre mondiale. Il a choisi d’être déporté à Treblinka avec les enfants juifs dont il s’occupait dans un orphelinat du ghetto de Varsovie.

(2) Wayne Dyer : psychologue, conférencier et auteur reconnu dans le domaine du développement personnel.

PS : En publiant cet article, je viens de terminer la lecture du livre du Dr Muriel Salmona, « Le livre noir de la violence sexuelle », paru chez Dunod et que je ne saurais trop recommander.

Un extrait éclaire la vision de nombreux lecteurs encore hésitants à reconnaître la toxicité parentale :

« Trop souvent, l’enfant est encore perçu comme la propriété de ses parents, à qui il doit respect et obéissance, quoi qu’il arrive. Il faut rappeler qu’il y a peu, jusqu’au 5 mars 2002, l’article 371-1 du Code civil, inspiré du cinquième commandement, stipulait que “l’enfant, à tout âge, doit honneur et respect à ses parents”. Aujourd’hui, la loi affirme : “L’autorité parentale est un ensemble de droits et de devoirs visant l’intérêt de l’enfant”, précisant que cette autorité “appartient au père et à la mère jusqu’à la majorité ou l’émancipation de l’enfant pour le protéger dans sa sécurité, sa santé et sa moralité, pour assurer son éducation et permettre son développement, dans le respect dû à sa personne. Les parents associent l’enfant aux décisions qui le concernent, selon son âge et sa maturité.” »

2013 Renaud PERRONNET. Tous droits réservés.

Vos commentaires sont au bas de la page, je vous répondrai si nécessaire.

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Après cette lecture, vous pouvez approfondir le sujet grâce au test suivant :

  • Êtes-vous un adulte ou fusionnel dans la relation avec vos parents ?

Pour ressentir concrètement la toxicité parentale à l’œuvre, certains films apportent un regard saisissant :

  • « The White Ribbon », de Michael Haneke (2009)
  • « Vie familiale » de Ken Loach (1971)

Vous pouvez également télécharger des fiches pratiques inédites :

  • Comment formuler une critique à l’autre ?
  • 14 points pour résoudre les conflits sans se perdre

Et poursuivre la réflexion avec ces articles :

  • Pourquoi reconnaître la toxicité dans la relation avec l’enfant ?
  • Comment sortir de la toxicité parentale ?
  • Enfant menteur, parent qui s’affole davantage

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